Le temps avait commencé à se couvrir sur la Ninety Mile Beach. En arrivant au Cap, la dégradation s’accélère pour finir en apothéose là où s’arrête la route, au Cape Reinga (cap nord). Lorsque nous arrivons le soleil est déjà couché …pas nous ! Le vent souffle en rafales surpuissantes qui secouent le van. La pluie frappe la carrosserie. Nous sommes seuls sur le parking, dans le noir absolu, comme coincés dans une machine à laver, en mode essorage. Heureusement des toilettes et un abri sont accessibles. Le sol du local est détrempé mais de petits bancs nous permettront de poser les réchauds pour cuisiner. Il nous faudra aussi faire tourner le moteur du van quelques minutes pour recharger notre « starter » (cf photo) qui pourrait s’avérer très utile. L’humidité ambiante ne garantit pas le redémarrage du lendemain. Cela nous permet aussi de réchauffer pour quelques minutes l’intérieur du van.
La nuit sera plus calme. Le vent et la pluie baissant d’intensité.
Nous nous réveillons sous le soleil ! Ciel dégagé. L’ambiance n’a plus rien à voir avec la veille. Le panorama est magnifique. Petite balade jusqu’au phare le plus au nord de l’île ! Quelques touristes nous y rejoignent.
Cap nord
Puis nous entamons notre descente vers le sud. Cette langue de terre n’abrite que très peu de villages. Après une petite session de « beach surfing » (un grand moment de rigolade… Jo s’est rendu compte de l’impossibilité d’envisager une carrière de surfeur mais peut-être une de cascadeur chez Rémi Julienne) dans de gigantesques dunes, nous posons nos bagages pour la nuit dans un petit hameau … un minuscule hameau ! L’accueil est relativement correct, d’autant que nous allons vivre un des moments les plus drôles de notre aventure…
C’est presque impossible à décrire. Tout comme moi vous savez que certaines situations doivent être vécues pour être comprises. Je vais tenter de vous la faire vivre quand même.
Au moment de payer la nuitée, en fait juste après l’avoir payée, nous sortons de l’office et devant le bureau les gens du coin (5 ou 6…) sont réunis autour d’une table sur la terrasse. Ils jouent aux cartes, discutent et boivent un coup. Certains ont dû en boire un peu plus qu’un. Nous sortons donc du bureau, en échangeant quelques mots avec la patronne et là un type aux longs cheveux filasses, avec un pull des années ...(je sais c’est pas gentil mais je plante le décor) s’approche de nous, une bière à la main, en titubant. La patronne nous parle, le gars s’arrête prêt de nous, nous regarde en dodelinant de la tête. Il attend la fin de la phrase de la dame. Elle termine. Il regarde Jo et dit « tu veux une bière ? » (alors là faut se dire qu’en fait il lâche un truc du genre « ...blrgrmrrnbl veux une bière ?? » … ) , Jo répond non. Il se tourne vers moi et me demande « tu veux une bière ? » … « non merci » … et là grand moment de solitude pour lui. Stupeur… incompréhension … son regard (déjà bien embué) se vide … on s’aperçoit instantanément qu’il ne comprend pas. Le temps d’une fraction de seconde, le temps s’est arrêté pour lui … Pensant que son ouïe lui a joué un mauvais tour il retente sa chance, nous regarde à tour de rôle et répète : « you don’t want a beer !!??!!!?? » … ?! …. Du coup le type, qui doit toujours se demander comment c’est possible de refuser de boire une bière, est reparti s’asseoir en grommelant …
Sur le coup on n’a pas trop réagi. Mais en en reparlant on s’est aperçu qu’on avait vu exactement la même chose dans le regard du type : l’incompréhension … pendant deux secondes on l’a perdu !
Fou rire !
A cela on ajoutera le décor du backpacker dans lequel nous dormons. Douches avec minuteur à pièce (dont un qui nous jouera des tours !) et cuisine comment dire …pas sous équipée … pas équipée du tout !
On n’a même pas de quoi faire chauffer !!! Obligé d’utiliser nos réchauds !!! Dans une cuisine faut le faire quand même !